First steps of an ascetic

Dharamshala, Inde. Février 2021

Premiers pas d’un ascétique

Après 6 mois de vie sédentaire dans la ville de Dharamshala, au nord de l’Inde, je reprends enfin la route. Ou, pour être exact, on reprend la route les deux, et d’une manière assez différente de mes expériences jusqu’à présent.

Haridwar se trouve seulement à 500 km, le lieu de la Kumbha Mela. Le plus grand rassemblement Hindou du monde… parfois dit le plus grand rassemblement humain tout court. Un sacré événement… On sait déjà que la destination sera mémorable. Mais le voyage lui-même, peut-être plus encore: on part de la maison sans un sou, sans aucun type de carte bancaire, sans téléphone, et sans rien de plus que ce qui tient dans nos sacoches – cartes en papier, bouteilles d’eau, une couverture ou deux, un tapis de sol, un récipient à aumônes…

Partir sans argent, c’est vivre purement de ce qui nous est donné. On peut appeler ça foi aveugle dans le karma, ou confiance dans l’univers… et je crois qu’on obtiendra ce qu’on mérite. Si on a faim, c’est qu’on mérite d’avoir faim. Si on se fait arrosé d’offrandes, c’est qu’on mérite une douche d’offrandes. pient à aumônes…

Yi et moi, deux ascètes errants momentanés, ou Sadhus comme on les appelle en Inde, testant un mode de vie où au lieu de gain matériel, chaque respiration, chaque pas est dédié à la conscience. Simple conscience du moment présent.

Alors si tu lis ce message, tout d’abord merci, et deuxièmement, je t’invite à prendre un instant pour détendre tes épaules, aligner ta colonne vertébrale, relâcher ton regard et sentir ton souffle … Observe ça, et vois combien de temps ça dur.

Tibetan Abode

Dharamshala, Inde. Octobre 2020

Havre tibétain

Nuages ​​de rosée céleste! Larmes de bonheur! Seaux de fortune! Charrettes de bonté divine! Sacs de piété! Arbres débordants de joyeux singes remplissent mon cœur épanoui! Et ces pauvres métaphores remplissent ma tentative d’introduction, mais aucune langue n’a la moindre chance de décrire la fortune qui m’est accordée par le monde.

J’ai atteint le but. Dharamshala, ou plus précisément Mcleod Ganj, demeure de Sa Sainteté le 14e Dalaï Lama et du gouvernement tibétain en exil. D’innombrables monastères de moines et de nonnes auxquels l’Inde a gracieusement donnée une nouvelle patrie après la destruction de leur peuple par le régime Chinois.

Ca fait 4 ans, et Dharamshala est ma destination prévue dés le jour 1. Son nom signifigie littéralement école du Dharma, école de spiritualité. Ainsi la prochaine phase de ma vie, après une telle marche, sera une période sédentaire: apprendre à m’installer, à défier cet esprit nomade pendant un certain temps et rester sur place jusqu’à ce que mes connaissances de la langue, de la culture tibétaine et du Dharma soient suffisantes pour avoir une vue d’ensemble sur ce merveilleux chemin qu’ils appellent Mahayana.

Mahayana peut être traduit par le grand bateau. L’idée est de construire un navire assez large pour emmener tout être qui souhaite le bonheur au dela des océans de la souffrance. Et en fait, tous les êtres souhaitent le bonheur. Donc ça va être un gros bateau. Aussi gros que les cœurs des sages qui ont évoqué de si belles intentions. Moi ça me plait.

The Goal

Cher monde que j’aime. Monde qui subit une sacrée période de changement.

Mon arrivée en Inde, un nouveau chapitre dans mon existence, a coïncidé avec l’arrivée du monde dans une nouvelle ère. Comment exprimer ma gratitude pour ces 4 ans, tous alignés de manière si divine? 14’000 km, 18 pays, et chaque pas semblait coordonné par les dieux, chaque croisement frontière, chaque hors-piste, chaque campement, chaque offrande et chaque rencontre humaine. Chaque moment de solitude pure, d’espace si vaste à mettre mon esprit à zéro et d’expérience dont je n’osais même pas rêver.

Puis-je vivre le reste de mon existence en appréciation. Mon chemin vers l’Himalaya Indien aboutit bientôt et je pourrai consacrer mon temps à servir, apprendre et soutenir les pratiques qui mènent à une meilleure vie et un monde en paix.

namaste

Waggah border, Pakistan-Inde. Février 2020

Namaste

Le croisement frontière était bouleversant. Je tombais en morceaux à l’idée d’être arrivé jusque là. La ligne dont je revais depuis 4 ans, qui d’ailleurs semblait toujours appartenir au domaine du rêve. L’Inde… même moi n’y croyais pas, mais le monde s’est aligné. On ne peut pas dire que j’ai fais grand chose: il l’a fait pour moi. Une ronde d’applaudissement pour le monde!

Pakistan – Peace through Islam

Pakistan

La Paix et l’Islam

Ça fait 5 mois, et ça fait une vie entière. Je suis chez moi. Chaque maison pakistanaise est ma maison, chaque homme mon frère, chaque enfant qui court les rues mon fils ou ma fille, mais aussi mon hôte. Car cette culture n’a pas d’âge pour l’hospitalité. Dans aucun autre pays me suis-je fait offrir à manger par un enfant de 10 ans.

Mais c’était aussi une aventure émouvante, un périple inoubliable dans les régions interdites où guettent les conflits religieux, zones contrôlées par l’armée et depuis longtemps fermées au tourisme. A mon grand étonnement, par respect pour ma marche de paix on m’a accordé l’ultime honneur de pouvoir parcourir ces régions escorté par des militaires à la vitesse de mes pas. Cette situation a duré 18 jours, à travers Chillas, Kohistan, et l’état entier du Khyber-Pakhtunkhua, qui était d’ailleurs d’une beauté irréelle.

18 jours d’escortes mais aussi 18 jours d’hospitalité sans fin: on me logeait dans les stations de police, on me nourrissait jour et nuit, on s’occupait de moi de toutes les manières imaginables. Cette tâche accomplie, ainsi que le reste de la traversée du Pakistan, me voici dans la ville de Lahore, juste à quelques pas de la frontière Indienne. L’Inde, la destination finale de cette marche de 4 ans.

Paradistan

Nord du Pakistan, Décembre 2019

Le Paradistan

Je n’en savais rien, du Nord du Pakistan. A vrai dire je n’en savais rien de la moindre partie du Pakistan. Et sans y mettre pied, la désinformation qu’on reçoit mène plutôt à des idées d’un pays conservateur rempli de Talibans, à cheval entre terrorisme afghan et menaces nucléaires avec l’Inde. Heureusement pour moi, je ne m’abonne pas à cette chaine et j’ai pu prendre mes premiers pas avec coeur ouvert, bras ouvert, prêt à plonger dans une nouvelle culture captivante.

Qu’ai-je reçu dans mes bras? Rien de moins que le paradis. Le paysage, les gens, la religion, la vibration dans l’air… de tous points de vus, pur paradis. Ça a commencé depuis la China au Khunjerab Pass – la frontière internationale la plus élevée au monde – pour ensuite descendre vers la Vallée de Hunza, un lieu connu pour ses Ismaelis qui prônent la paix, si respectueux… ils ne feraient pas mal à une fourmi! Tombé amoureux de Hunza, j’y ai resté 2 mois dans un seul village – aussi longtemps que me permettait mon visa. Hélas, l’horloge bureaucratique tourne sans relâche et je compte mes jours précieux dans ce magnifique lieu: combien de temps je peux rester, et combien de temps je dois prévoir pour compléter le reste de ma marche jusqu’en Inde. Me voici donc dans la ville de Gilgit, que je devrai aussi quitter assez bientôt.

Ca fait donc 3 mois, une centaine de villages, mille visages rayonnants, et encore plus de tasses de tchaï… et ça reste le paradis! Ayant campé un peu partout, gravit tout genres de montagnes, rencontré des gens de toutes classes sociales, ethnies, et groupes religieux, je confirme avec ferme conviction: les gens sont bons, et seulement bons! Masha’allah!

The China less heard of

Province du Xinjiang

La Chine moins connue

Le Xinjiang est l’une des régions les plus censurées du monde, et peu d’informations en sortent. La Chine hors de la Chine, une culture de Musulmans qui parlent Tajik, et la partie la plus lointaine de cette géante civilisation.

Si lointaine, que récemment le gouvernement central a décidé de radicalement rendre cette région plus… centrale. Difficile pour nous occidentaux d’imaginer ce qu’il s’y passe exactement – sauf pour ceux qui ont vécu en USSR. Ou dans le Tibet occupé, ou en Corée du Nord… mais en plus de ça, la technologie est à sa pointe, rajoutant une nouvelle dimension aux techniques de surveillance.

Faire ce tronçon à pied m’a permis de voir énormément, d’apprendre énormément, et de vivre des histoires incroyables. Et pour moi, la leçon était riche: faire face à toute situation et toute difficulté avec amour et claire-vision. Il s’agit de l’ancienne philosophie propre à la Chine – le Tao.

En plus de mes deux parents à qui je dois gratitude sans fin, je suis un enfant du Tao. Il m’a élevé et enseigné. Il m’a rendu tolérant et paisible, il m’a donné le pouvoir d’aimer tout être de manière inconditionnelle. Grace au Tao j’ai pu traverser le Xinjiang avec bras ouverts, cœur ouvert, et esprit clair. Une aventure qui me marquera à jamais.

First steps in Western China

Xinjiang, Chine. Septembre 2019

Premiers pas en Chine de l’ouest

J’ai toujours été amoureux de la Chine. Depuis la nuit des temps j’ai une connexion intime avec sa culture et son peuple. Mais cette fois-ci, je dois l’admettre – j’ai vu un autre côté. Un côté nettement plus sombre, que d’habitude on ne perçoit que dans les nouvelles, et encore. Avant de poser pied dans la province du Xinjiang, j’avais une idée de ce qu’il s’y déroulait, and j’ai pris la ferme résolution: quoi qu’il arrive, je n’exprimerai rien d’autre que de l’amour et de la bienveillance envers les autorités et les gens que je rencontre. Cette approche a le pouvoir de transformer un mois qui aurait pu être une oppression insupportable en une précieuse leçon spirituelle.

Et ça a marché! J’aime toujours ce pays du fond de mon cœur! Personnellement, j’ai passé un superbe moment à me cacher de la police, me faufiler derrière les caméras de sécurité, et poser campement dans des tranchées à minuit sans lampe frontale, en observant de loin les patrouilles policières. J’ai eu ma bonne dose d’adrénaline! Mais c’est vrai, j’ai traversé la société la plus opprimé de ma vie. Que puis-je faire, autre qu’amener de l’amour pour un peu éclaircir ce sombre monde? Et de l’espoir. Car espoir il y a. Une société basée sur une majorité de gens malheureux ne peut que s’effondrer. Même si la pointe de la pyramide est ornementée de diamants, sa base tremble. Ce n’est qu’une question de temps avant que tout ne s’écroule.

Donc en attendant, profitons à fond de ces chameaux à 3000m, et comment au monde sont-ils arrivés là?? Baignons-nous avec les yaks et respirons l’air divin dans des lacs turquoise entourés de dunes de sable blanc. Buvons du lait de soja gratuit et mangeons des sacs entiers de fruits – car les locaux, honnêtement, sont si grands de coeur qu’ils t’invitent chez eux même avec le risque d’être attrapés par la police. Oui, d’ailleurs, c’est illégal.

En tout cas la beauté de la nature ne peut être décrite, et aucun homme ne pourra l’altérer. Les civilisations viennent, et s’en vont, mais tout ça ça reste. Ça reste béni. Béni sois-tu, cher ami, et rayonnant comme la nature.

kyrgyzstan

Le Kyrgyzstan

Ce pays est un berceau de liberté. Jamais n’ai-je ressenti un tel choix de vivre absolument comme je le souhaite. Au lieu de banir le nomadisme et de forcer les gens à vivre selon la loi dans des addresses officielles, le gouvernement le promeut: il en fait sa fierté nationale! Les locaux mènent une vie comme ils l’ont toujours connu, libre comme le vent, s’installant là où ils le souhaitent: le monde est leur terrain. Et ainsi les visiteurs découvrent aussi ce sentiment magique d’être nomade.

J’adore ce pays.

uzbekistan sleepless nights

Andijan, Ouzbékistan. Juillet 2019

L’Ouzbékistan

chaleur de fou et nuits blanches

J’aime plutôt bien comme le monde évolue. Quand je planifiai ma route Kyrgyz il y a un an, j’avais fait une croix sur l’Ouzbékistan à cause de visas difficiles et frontières compliqués. Mais en traversant le Kyrgyzstan, de bonnes nouvelles arrivent de la part d’autres voyageurs. L’Ouzbékistan subit en ce moment une massive libéralisation et ses frontières sont maintenant ouvertes aux étrangers sans le moindre visa! Non seulement ça me permettait de traverser ce pays plutôt que de le contourner, mais en plus ça me donnait l’occasion de découvrir un peuple et une culture que je considère hautement depuis bien du temps.

Les gens étaient d’ailleurs si généreux, c’était embarrassant. J’étai à la frontière, et même avant de poser pied sur le sol Ouzbek un homme me demande “T’as de l’argent?” Je réponds en hésitant “euh, oui, un peu…” “J’veux dire, de l’argent Ouzbek! Voici ton premier billet, comme cadeau de bienvenu!”

Et ce n’était qu’une seule goutte dans l’océan de générosité infinie que j’y ai rencontrée. Et malgré tout, mon petit bout de marche à travers l’Ouzbékistan était l’un des plus difficiles. Il s’agissait de l’endroit le plus chaud de mon voyage, et, grâce à mon planning impeccable, je le traversai au mois le plus chaud de l’année. C’était chaud! Le soleil de milieu d’après-midi me faisait presque évanouir, et je ne m’imaginai même pas continuer. Mais les dates strictes de mon visa chinois me donnent peu d’options. Alors tel était mon plan établit: marcher toute la nuit ainsi que la moitié du jour, et ensuite en après-midi trouver un endroit frais et à l’ombre pour quand même rattraper un peu du sommeil perdu.

Le seul problème: un endroit frais et à l’ombre était une utopie qui n’existait que dans mon imagination. En fin de compte, durant 4 jours j’ai à peine dormis, et ça me coutait toute l’énergie du monde rien que de prendre le prochain sans fermer les yeux et tomber au sol. De temps en temps, je perdais conscience sur un gros caillou à 3 heures du matin, pour me réveiller une heure plus tard, à la bourre, et reprendre la route en baillant. Ainsi, la moitié du temps j’étai dans un état semi-délirant, qui incluaient rire incontrôlable, distorsions visuelles, pertes d’équilibres, et confusion totale au milieu de la nuit.

Bouh, je rouspète! Tout ça à l’air un peu négatif. Mais non, rien de tel. Au contraire, c’était le sommet de l’aventure, le climax, le challenge ultime de corps et d’esprit. Et c’était marrant. En plus, je n’aurai autrement jamais découvert qu’une grosse pierre était en fait plus confortable qu’un lit. Personne ne m’avait dit! J’accuse les vendeurs de lits. En tout cas, ça m’a drôlement simplifié la vie et redéfini ma zone de confort.